Palais de glace, Tarjei Vesaas.30 octobre 07 @ 23:56
De toutes les failles du palais, de véritables éclairs jaillissent, à travers tout l'espace, vers les paysages désolés. La masse prend sans cesse des formes différentes, mais elle reste telle que les éclairs continuent à en sortir vers le soleil. L'oiseau, qui ne peut se détacher de cet endroit, poursuit ses vols en piqué, mais sans s'approcher davantage.
Le palais de glace se contente de projeter ses rayons de lumière à partir des salles glacées qui sont sur le point de s'effondrer. Un spectacle que personne ne voit, car aucun être ne vient ici.
Cela ne durera pas longtemps. Le palais va s'écrouler. Ce que fera l'oiseau, personne ne le sait. Effrayé par le bruit du château qui s'écroule, il montera dans le ciel où il ne formera plus qu'un point noir.
Le soleil monte vite, et il chauffe. C'est alors que la rivière se met à gonfler. L'eau noire se strie de jaune et de blanc, elle s'attaque plus hardiment aux dentelures glacées des bords. Et, au moment où elle va se précipiter en cascade dans le gouffre, elle prend une voix tonitruante. Les fondations du palais commencent à trembler.
Chaque jour le soleil gagne en puissance. La pente à côté de la cascade se dégage de la neige. Les murs de glace demeurent seuls dans la lumière, insolites dans le paysage, abandonnés par la neige et aussi par tous ceux qui en avaient approché.
Le palais change lentement de couleur. La glace, jusqu'alors luisante et tirant sur le vert, devient blanche et plus opaque. Les coupoles et les salles transparentes semblent remplies de brumes, qui jettent un grand voile. Tout devient peu à peu d'un blanc-laiteux avant de se dissoudre par l'extérieur. Au-dedans, la masse est encore solide. Mais la glace ne projette plus d'étincelles ; elle luit seulement, plus blanche, plus paisible. L'énorme palais n'est plus qu'un bloc blanchâtre, posé sur un paysage dénudé et sombre. Il semble s'être refermé sur lui-même pour se défendre contre la chute.
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