Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline.8 mars 05 @ 12:30
Autant pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Ils essaient de s'en débarrasser de leur peine, sur l'autre, au moment de l'amour, mais alors ça ne marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine, et ils recommencent, ils essaient encore une fois de la placer. "Vous êtes jolie, Mademoiselle", qu'ils disent. Et la vie les reprendre, jusqu'à la prochaine où on essaiera encore le même petit truc "Vous êtes bien jolie, Mademoiselle!..."
Et puis se vanter entre-temps qu'on y est arrivé à s'en débarasser de sa peine, mais tout le monde sait bien n'est-ce pas que c'est pas vrai du tout et qu'on l'a bel et bien gardée entièrement pour soi. Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par en avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face. C'est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace qu'il met toute une vie à se confectionner, et encore, qu'il arrive même pas toujours à la terminer, tellement qu'elle est lourde et compliquée la grimace qu'il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien en perdre.
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A ce soir, Laure Adler.5 mars 05 @ 20:04
Le soir, en rentrant, j'ai délaissé, sans même m'en rendre compte, le rite du recroquevillement dans la baignoire. Je m'installe dans le lit avec des couvertures - malgré l'été, je tremble de froid - et je lis. Des livres que je connais par coeur. Un ami, aujourd'hui disparu, m'avait expliqué un jour qu'il ne lisait plus que les auteurs qu'il connaissait et qu'il se refusait à ouvrir les nouveautés. De ce rabâchage questionnant, il ressentait une forte exaltation. Je comprends ses raisons.
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