Lorsqu'un vivant se tue.., Spectacle, Jacques Prévert.
24 novembre 05 @ 20:58

Lorsqu'un vivant se tue, c'est chez les vivants, une grande effervescence.
Comme lorsque la maison flambe, qu'on baptise le petit ou qu'on écrase le chat avec la voiture d'enfant par inadvertance.
- Nous le voyions si souvent, le sourire aux lèvres et le verre à la main, et il s'est tué lui-même, c'est à peine croyable...
- Et pour quelles raisons ?...
Et tous de trouver des réponses.
Singulière et peu vivante question, singulières et peu vivantes réponses.
Souvent, les hommes réclament ce qu'ils appellent la Vérité : avec incohérence, mais avidement leurs yeux supplient qu'on leur mente. Beaucoup parmi eux vivent de simulacres et ces simulacres leur sont plus indispensables que le pain, l'eau, le vin, l'amour ou les lacets de leurs chaussures.
Par chance et malchance et par concours de circonstances, enfance privilégiée, chute sur la tête, enfin n'importe quoi, celui qui veut et qui peut échapper à cette affreuse façon de vivre et qui sait qu'au delà du quai les tickets sont tout de même valables puisqu'il n'a pas pris de ticket essaye de vivre autrement, essaye de vivre vivant.
Parfois il réussit.
Et comme l'autre prouvait le mouvement en marchant il prouve le bonheur en étant heureux.
Et il s'habitue à cette vie.
Mais presque tout s'unit contre les vivants vivants.
Et c'est le choeur des méprisants : "Regardez celui-là, il se laisse vivre et il ne donne pas ses Raisons !"
Parfois le vivant en a marre.
Parfois un être qui adore la vie se tue tout vif et sourit à la vie en mourant.
Le cheval calculateur qui se tue en pleine représentation, en pleine piste, le public suppose qu'il a fait une erreur dans ses chiffres et qu'il ne peut supporter un pareil déshonneur.
Brave cheval calculateur !
Tout petit, quand, à coups de fouet, on t'apprenait à faire semblant de compter, déjà tu pensais à mourir, mais personne ne le savait.

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Alanis Morissette - That particular time.
24 novembre 05 @ 20:55

My foundation was rocked my tried and true way to deal was to vanish
My departures were old, I stood in the room, shaking in my boots
At that particular time love had challenged me to stay
At that particular moment I knew not to run away again
That particular month I was ready to investigate with you
At that particular time

We thought a break would be good, for four months we sat and vacillated
We thought a small time apart would clear up the doubts that were abounding
At that particular time love encouraged me to wait
At that particular moment it helped me to be patient
That particular month we needed time to marinate in what "us" meant

I've always wanted for you what you've wanted yourself
And yet I wanted to save us high water or hell
And I kept on ignoring the ambivalence you felt
And in the meantime I lost myself
In the meantime I lost myself
I'm sorry I lost myself
I am

You knew you needed more time, time spent alone with no distraction
You felt you needed to fly solo and high to define what you wanted
At that particular time love encouraged me to leave
At that particular moment I knew staying with you meant deserting me
That particular month was harder than you'd believe but I still left
At that particular time

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La Nausée, Jean-Paul Sartre.
24 novembre 05 @ 20:39

Pour cent histoires mortes, il demeure tout de même une ou deux histoires vivantes. Celles-là je les évoque avec précaution, quelquefois, pas trop souvent, de peur de les user. J'en pêche une, je revois le décor, les personnages, les attitudes. Tout à coup, je m'arrête : j'ai senti une usure, j'ai vu pointer un mot sous al trame des sensations. Ce mot-là, je devine qu'il va bientôt prendre la place de plusieurs images que j'aime. Aussitôt je m'arrête, je pense vite à autre chose ; je ne veux pas fatiguer mes souvenirs. En vain ; la prochaine fois que je les évoquerai, une bonne partie s'en sera figée.
J'ébauche un vague mouvement pour me lever, pour aller chercher mes photos de Meknès, dans la caisse que j'ai poussée sous ma table. A quoi bon ? Ces aphrodisiaques n'ont plus guère d'effet sur ma mémoire. L'autre jour j'ai retrouvé sous un buvard une petite photo pâlie. Une femme souriait, près d'un bassin. J'ai contemplé un moment cette personne, sans la reconnaître. Puis au verso, j'ai lu : "Anny. Portsmouth, 7 avril 27."
Jamais je n'ai eu si fort qu'aujourd'hui le sentiment d'être sans dimensions secrètes, limité à mon corps, aux pensées légères qui montent de lui comme des bulles. Je construis mes souvenirs avec mon présent. Je suis rejeté, délaissé dans le présent. Le passé, j'essaie en vain de le rejoindre : je ne peux pas m'échapper.

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