Damien Rice - 9 crimes.
30 novembre 06 @ 21:40

Leave me out with the waste
This is not what I do
It's the wrong kind of place
To be thinking of you
It's the wrong time
For somebody new
It's a small crime
And I've got no excuse

Is that alright with you ?
Give my gun away when it's loaded
That alright with you ?
If you don't shoot it how am I supposed to hold it ?
Is that alright with you ?
Give my gun away when it's loaded
Is that alright with you ?
With you

Leave me out with the waste
This is not what I do
It's the wrong kind of place
To be cheating on you
It's the wrong time
But she's pulling me through
It's a small crime
And I've got no excuse

Is that alright with you ?
Give my gun away when it's loaded
Is that alright with you ?
If you don't shoot it how am I supposed to hold it ?
Is that alright with you ?
Give my gun away when it's loaded
Is that alright
Is that alright with you ?

Is that alright ?
Is that alright ?
Is that alright with you ?
Is that alright ?
Is that alright ?
Is that alright with you ?

No

@

Demande à la poussière, John Fante.
13 novembre 06 @ 20:30

Tous partageaient l'écoeurement de Camilla à mon égard, c'était comme contagieux, et j'étais bien de leur avis moi aussi. Quand elle s'est retournée et qu'elle a vu tout ce monde derrière elle a piqué son fard. Mortifiée, qu'elle était. Je lui faisais honte. Elle m'a fait comme ça du coin de la bouche qu'on ferait peut-être mieux de s'en aller. Fendant la foule, elle s'est mise à marcher vite, et deux mètres devant moi. Je l'ai suivie sans me presser. Ho ho, et qu'est-ce que ça pouvait bien me faire d'abord de pas savoir me servir d'un putain de flingue, même si ça faisait rigoler tous ces abrutis, et elle aussi ? Lequel de ces porcs infâmes, lequel de ces sales gogos hilares de Main Street serait seulement capable de composer une nouvelle comme Les Collines Perdues ? Pas un ! Alors leur mépris ils pouvaient toujours se le mettre quelque part, pour tout l'effet que ça me faisait.
La voiture était garée devant un café. Quand j'y suis arrivé elle avait déjà démarré. Elle m'a à peine laissé le temps de monter et de m'installer. Toujours en pétard elle m'a seulement regardé d'un sale oeil et elle a debrayé sans crier gare. Du coup je me suis trouvé projeté contre le dossier, et aussitôt après contre le pare-brise. On était coincés entre deux voitures. Elle en a tamponné une, puis l'autre, sa manière à elle de me faire sentir à quel point je pouvais être idiot. Finalement elle a déboîté et je me suis rassis en poussant un gros soupir.
"J'y croyais plus", j'ai dit.
"Oh ça va, hein, la ferme !"
"Dis donc, si tu le prends comme ça, pourquoi tu me laisses pas descendre ? Je peux marcher."
Elle a immédiatement enfoncé le pied au plancher. On fonçait pleins gaz dans les rues du centre. Je m'accrochais ferme tout en me demandant comment je pourrais bien sauter en marche. Et puis on est arrivés dans un quartier où il n'y avait plus beaucoup de circulation. On était à près de trois bornes de Bunker Hill, dans la partie Est de la ville, le quartier des usines et des brasseries. Elle a ralenti et s'est finalement garée le long d'une palissade noire et basse. Derrière il y avait des tuyaux en acier empilés.
"On s'arrête pour quoi ?" j'ai demandé.
"Tu voulais marcher. Alors descends et marche."
"L'envie de rouler m'a repris, tout d'un coup."
"Descends. Allez, je rigole pas. Quand on est aussi cloche que toi avec un fusil ! Allez ouste, dehors !"
J'ai sorti mes cigarettes et lui en ai offert une.
"Ne nous emballons pas", j'ai dit.
D'un geste elle a envoyé mon paquet de cigarettes par terre. Ses yeux étaient furibonds. "Je te déteste. Bon Dieu, ce que tu peux me débecter, c'est rien de le dire !"
J'ai ramassé mes cigarettes. Elle me haïssait tellement que la nuit et cette zone industrielle déserte en résonnaient. Je la comprenais. Ce n'est pas Arturo Bandini qu'elle haïssait. Pas vraiment. Elle haïssait seulement le fait qu'il ne se conformait pas à ce qu'elle attendait d'un homme. Elle voulait à toute force l'aimer mais elle n'y arrivait pas. Elle le voulait comme Sammy : tranquille, taciturne, tatasse, pas marrant, bon tireur, bon barman ; un bon barman qui l'accepte en tant que serveuse, un point c'est tout. Je suis descendu de voiture, mais avec le sourire parce que je savais que ça la rendrait malade.
"Bonsoir. Bonne nuit. Marcher, ça me fera du bien."
"Si seulement tu pouvais crever ici. Si seulement on pouvait te retrouver dans le caniveau demain matin."
"Je verrai ce que je peux faire", j'ai dit.
Même au milieu du bruit qu'elle a fait en démarrant j'ai entendu le sanglot qui lui sortait de la gorge, un cri de douleur.

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Noir Désir - L'Appartement.
12 novembre 06 @ 19:25

Attends-toi à c'que j'me traîne
A tes pieds, Laura, j'ai constaté que même
Un silence de toi pouvait pousser mon rire à mourir

Attends-moi, toi tu es la reine
Des sommets, l'orage sévit dans les plaines
Tu ne m'entends pas, je suis parasité malgré moi

Elle a su, simplement
Enfermer mon coeur dans son appartement

Avec ou sans toi, j'ai quelques problèmes
Tu t'en fous, Laura, j'suis désolé quand même
Si tu vas par là, ça me convient aussi, dépose-moi

Encore une fois, c'est d'en bas que j'appelle
Elle se penche parfois de son nid d'hirondelle
Daigne me recevoir, ne me laisse pas de place pour m'asseoir

Elle a su, simplement
Changer les clefs de son coeur et de l'appartement

Attends-toi à c'que je me traîne
A tes pieds, Laura, en attendant je sais
Que le jour viendra où je pourrai en mourir de rire

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Aime-moi, por favor !, Lucia Etxebarria.
10 novembre 06 @ 20:09

L'homme qui refusa une partie à trois

Emilio et elle prenaient le café à une terrasse déserte, face à une plage non moins déserte avant le coucher du soleil, un paysage qui rappelait un tableau de Rothko. Emilio parlait, souriant et calme, en tenant dans ses mains une énorme tasse : Ce que tu n'as pas compris, c'est que je suis comme toi, comme nous tous, un animal grégaire, et que j'ai donc besoin de l'opinion des autres pour me voir et me comprendre moi-même. Mais ce qui nous différencie, c'est notre position sur l'échiquier, la position à partir de laquelle nous commençons la partie. Tout d'abord, nous avons des couleurs différentes. Tes adversaires sont les hommes, les miens sont les femmes. Disons que tu joues avec les blancs et moi avec les noirs. Et tu sais qu'on dit que les hommes aiment ce qu'ils désirent et que les femmes désirent ce qu'elles aiment. Deuxièmement, en un certain sens tu es un pion et moi un fou. Tu as besoin de prendre, moi je prends sans avoir à le vouloir. Tu cherches du travail, moi je peux t'en fournir. Pour beaucoup de femmes je représente le pouvoir. La façon dont les hommes te témoignent leur attention, c'est au moyen du désir. Moi, les femmes ne m'ont jamais recherché pour ça. Elles ne m'offraient pas leur sexe, seulement leur amour, et j'avais toujours l'impression qu'elles m'offraient leur corps en échange de l'amour, la certitude de me retrouver dans leur lit à côté d'elles le lendemain matin, et puis celui d'après, et encore celui d'après. Je me sens davantage moi-même quand je sais qu'elles m'aiment. C'est pour cela que j'ai été si désarçonné par cette proposition. C'était la première fois que je me sentais exploité. Il t'arrive la même chose à toi, mais à l'envers. Quand un homme t'offre son amour au lieu de son désir, te dit qu'il ne peut pas vivre sans toi, et qu'il n'a pas l'air de vouloir seulement coucher avec toi mais de chercher quelque chose de plus durable, est-ce que tu n'éprouves pas la même peur que moi ? Est-ce que tu ne comprends pas que je suis ton pareil, mais inversé, comme ton reflet dans un miroir ? Est-ce que tu ne comprends pas que je n'ai jamais existé qu'à travers l'amour des femmes ?


Un coeur sur le toit

"Elle représentait tout ce que tu me refusais : les promesses, l'engagement, le sentiment d'une continuité. Tandis que tu tentais de fuir la réalité, elle vivait les pieds sur terre. Lorsqu'elle s'est rendu compte que tu allais venir (j'avais essayé de le lui cacher, mais elle avait fini par l'apprendre), elle m'a mis au pied du mur. Or, je ne fais pas de promesse que je ne peux pas tenir. Ce n'est pas que tu ne me plaisais pas. Mais comme tu restais toujours distante, sur ton quant-à-soi, je me disais que notre relation se réduisait pour toi à jouer une fois de plus avec moi, avant de retourner sur cette terre de personne où tu as toujours vécu. Je me sentais utilisé. Je ne sais pas si je voulais me venger, c'est possible. Je crois qu'en fait j'avais peur."
[...]
A dix-sept ans, lorsque j'ai lu L'Education sentimentale, je pensais que, si Flaubert avait déclaré que Madame Bovary c'était lui, je pouvais bien dire que Frédéric c'était moi, tant je me reconnaissais dans sa tendance à désirer fuir les corps proches qu'il avait douloureusement désirés lorsqu'ils étaient loin. Passions consommées, passions consumées. Aucun Grand Amour n'atteint la perfection dont il a besoin et à laquelle il aspire. De ce fait, il est plus facile d'aimer dans le territoire du désir que dans celui de la réalité. Et de ce fait, il est plus facile d'aimer une construction virtuelle qu'un homme fait de chair et de sang, pour ne pas parler de l'inévitable marge d'erreur qui existe entre le moi le plus profond d'un homme physique et la perception qu'une femme peut avoir de lui, si intimes que soient leurs relations.


Une histoire d'amour comme n'importe quelle autre

Ca fait déjà plusieur années que ça s'est passé. Ma fille n'habite plus avec moi, comme vous savez. Eugenio a trouvé à se remarier, avec une fille très jeune, à peine vingt ans et qui en paraît encore moins, très discrète, très effacée, comme moi, c'est ce genre-là qui lui plaît et je crois que ça lui convient. Ils ont un enfant et ils en veulent d'autres. Mais ce que j'ai fait, je l'ai fait par amour, par amour pour ma fille et je ne regrette rien, je crois que le devoir, c'est d'être aux côtés de ceux qu'on aime, même si on doute d'eux, c'est ça l'amour, et même si ma fille a inventé toute cette histoire ou qu'elle a fabulé, j'aime mille fois mieux m'être trompée que de me dire que j'aurais pu la perdre. Ce n'est pas que je ne l'aie pas aimé, lui, parce que je l'ai tout de même aimé, on ne vit pas aussi longtemps avec quelqu'un sans l'aimer, vous savez, même si c'est seulement un amour né de l'habitude, et puis il n'y a pas eu d'autre homme dans ma vie, il n'y en aura jamais, car l'amour, ce que l'on appelle l'amour, il n'y en a qu'un seul dans une vie, et mon grand amour à moi, celui que j'ai aimé à la folie et que je continue à aimer à la folie, c'est ma fille et ce sera toujours ma fille, que voulez-vous que je vous dise, je ne regrette rien.

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Coulez mes larmes, dit le policier, Philip K. Dick.
04 novembre 06 @ 20:01

- Tu le veux ?
- Oui. (Alys ouvrit la porte du bureau.) A demain. Mais ce n'est pas parce que tu me fais ce cadeau que je pars. Je veux rentrer, prendre une douche, me changer et dormir quelques heures. D'un autre côté, si tu veux vraiment...
- Je veux.
Et Buckman ajouta en pensée : parce que tu m'épouvantes, parce que j'ai viscéralement, ontologiquement peur de toi et de tous tes actes, même de ta complaisance à partir. Oui, j'ai même peur de ça.
Pourquoi ? se demanda-t-il tout en la suivant des yeux tandis qu'elle se dirigeait vers le tube ascensionnel conduisant aux prisons secrètes qui s'ouvrait au fond du bureau. Enfant, j'avais déjà peur d'elle. Parce que, sans doute, d'une façon fondamentale qui m'échappe, elle ne se plie pas aux règles. Nous avons tous des règles. Pas les mêmes, mais nous suivons tous certaines règles. Par exemple, on ne tue pas quelqu'un qui vient de vous faire une faveur. Dans ce cas, même un Etat policier observe cette règle. Même nous. Et on ne détruit pas délibérement des objets que nous considérons comme précieux. Mais Alys est capable de rentrer à la maison, de chercher le un dollar noir et de le brûler avec sa cigarette. Je le sais. Et pourtant, je le lui ai donné. Parce que j'espère encore qu'elle finira un jour ou l'autre par lancer ses billes comme tout le monde.
Mais cela n'arrivera pas.
Et si je lui fais cadeau du un dollar noir, c'est simplement que j'espère l'enjôler, la tenter, pour qu'elle en revienne aux règles que nous comprenons. Aux règles que tous les autres appliquent. J'essaye de la soudoyer et c'est une perte de temps - pour ne parler que du temps. Je le sais et elle le sait. Oui, elle va probablement brûler ce un dollar noir, le timbre le plus merveilleux qui ait jamais été émis. Ce trésor philatélique que je n'ai jamais vu proposer par les marchands au cours de mon existence. Même dans les ventes. Et ce soir, quand je rentrerai, elle me fera voir les cendres. Peut-être aura-t-elle conservé un coin intact pour bien me prouver qu'elle l'a détruit.
Et je la croirai sur parole. Et j'aurai encore plus peur.

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