Cali - Elle m'a dit.15 novembre 04 @ 20:11
Je crois que je ne t'aime plus
Elle m'a dit ça hier
Ca a claqué dans l'air
Comme un coup de revolver
Je crois que je ne t'aime plus
Elle a jeté ça hier
Entre le fromage et le dessert
Comme mon cadavre à la mer
Je crois que je ne t'aime plus
Ta peau est du papier de verre
Sous mes doigts, sous mes doigts
Je te regarde et je pleure
Juste pour rien, comme ça
Sans raison, je pleure
A gros bouillons, je pleure
Comme devant un oignon, je pleure
Arrêtons là..
Elle m'a dit
Elle m'a dit
Je crois que je ne t'aime plus
Relève-toi, relève-toi
Ne te mouche pas dans ma robe
Pas cette fois, relève-toi
Tu n'as plus d'odeur
Tes lèvres sont le marbre
De la tombe de notre amour
Elle m'a dit ça, son son était froid
Quand je fais l'amour avec toi
Je pense à lui
Quand je fais l'amour avec lui
Je ne pense plus à toi
Elle m'a dit
Elle m'a dit
Je crois que je ne t'aime plus
Elle m'a dit ça hier
Ca a pété dans l'air
Comme un vieux coup de tonnerre
Je crois que je ne t'aime plus
Je te regarde et je ne vois rien
Tes pas ne laissent plus de traces
A côté des miens
Je ne t'en veux pas
Je ne t'en veux plus
Je n'ai juste plus d'incendie
Au fond du ventre, c'est comme ça
Elle m'a dit
Elle m'a dit
Elle m'a dit
Elle m'a dit
Alors j'ai éteint la télé
Mais j'n'ai pas trouvé le courage
Par la fenêtre de me jeter
Mourir d'amour n'est plus de mon âge
Elle m'a dit
Elle m'a dit
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Frédérique, Cécile Vargaftig.10 novembre 04 @ 01:07
Maintenant dans les films, on voit des gens dans des cafés, qui ne savent pas quoi se dire. Ou qui se disent des saloperies. Comme nous. Au lieu de s'embrasser. On a recommandé deux autres Casa. Peut-être que bourrés, on arriverait à se parler. On boit mais non. Impossible d'ouvrir la bouche. Pour dire quoi ? Qu'on a tout foutu en l'air avec nos conneries ? Je le sais, il le sait, pas la peine d'insister. J'ai soudain envie de me moucher, mais bien sûr je n'ai pas de mouchoir. Je prends une serviette en papier sur la table d'à côté. Jean-Christophe me regarde éternuer. Je sens que ses yeux se marrent. Je dois avoir une tête pas possible. Les cheveux sales, en bataille, un coup de soleil sur le nez, les yeux glauques parce que je vis à l'envers. Si Jean-Christophe est vraiment venu me chercher, il est peut-être en train d'hésiter en voyant ma gueule. Je voudrais être demain, dans un mois, l'année prochaine. Je ne veux pas lever la tête. Je sais que si nos yeux se croisent, c'en est foutu de mes résolutions. Mais évidemment il fait très fort. Comme tous les pervers polymorphes, aurait dit Lola qui en sait long sur la question.
- Regarde-moi.
Les pervers polymorphes sont très directs. C'est là leur charme. Sauf qu'en fait ils font tout en biais et qu'on ne s'en rend pas compte. C'est là le danger, Lola dit qu'ils ne s'en rendent pas compte eux-mêmes. Mais faut-il la croire ?
J'obéis. Je le regarde. D'un oeil que j'essaie de rendre le plus torve possible, pour l'inquiéter. Et ça marche.
- Tu me prends pour quoi ? Un dingue ?
A question précise, réponse précise :
- Un pervers polymorphe.
- Un pervers polymorphe ? T'as trouvé ça où ?
- Ca existe. C'est une catégorie.
- C'est un truc de Freud ?
- Tu sais très bien ce que c'est.
- Absolument. C'est dans les Trois Essais sur la sexualité infantile. 1905. Je ne me souvenais pas que ça parlait de moi..
Surtout ne pas sourire. Être dure. Eviter toute complicité. Se taire. Le laisser dire.
- Mais c'est les enfants qui sont pervers polymorphes.. Sadique-anal, tout ça.. C'est pas les grandes personnes..
Hausser les sourcils pour signifier qu'il doit y avoir des exceptions.
- Ah oui ! Ca y est, ça me revient.. L'idée, c'est qu'après on se bloque. A des stades !
- C'est ça. Des stades.
Il rit.
- C'est fou. On pense que ces bouquins, c'est de la théorie, mais en fait ça ne parle que de nous. C'est du reportage..
Le garçon vient nous demander ce qu'on veut. On veut deux Casa. Il part les faire. Dès qu'on se retrouve tout seuls, Jean-Christophe réattaque :
- Bon, Frédérique.. Maintenant que tu sais comment ça s'appelle, tu me pardonnes ?
- Ce que t'as fait ça se pardonne pas.
- Peut-être. Mais toi, ce que t'as fait ça se pardonne pas non plus.
- Et comment ça s'appelle ce que j'ai fait ?
- Du chantage affectif inutile.
- T'as trouvé ça où ?
- Dans tous les romans Harlequin, ils en parlent..
- Je vois que t'as des lectures intéressantes..
- Tout le monde peut pas lire Freud..
Dans les dents. Je le vois venir. Dans cinq minutes, il va dire que c'est moi qui suis dingue.
- Bon. Procédons par ordre. Je t'aime. Je pense que tu m'aimes. Je veux te faire du bien. Je veux que tu m'en fasses. Le reste est littérature.. Ok ?
Non. Le reste, c'est important. Je le regarde de mon air le plus noir. Il se met à faire de grands gestes avec ses bras. Il fait toujours comme ça quand il s'énerve.
- Alors ça.. C'est là que je comprends pas !.. Qu'est-ce que c'est que ce "reste" ? Qu'est-ce que tu veux que deux personnes qui s'aiment fassent d'autre que s'aimer ? Ca, ça m'échappe.. Tu veux qu'on fasse quoi ? Du sport ? Des activités culturelles ? Des psychodrames ? C'est ça ! Tu veux des psychodrames.. Mais Frédérique.. T'as pas compris que ça nous fout en l'air ? Les psychodrames, c'est pas intéressant.. Tiens, toi qui aimes savoir comment ça s'appelle.. C'est ça que tu fais.. Du psychodrame !! C'est pour les gens qui s'emmerdent.. Moi, j'ai horreur de ça.. L'amour, c'est l'amour et ça s'arrête à l'amour. Non mais ça y est ! Tout me revient maintenant ! C'est du psychodrame que tu m'as fait ce jour-là.. Et gnagnagna et gnagnagna.. Ah mais je comprends tout ! Et Freud il en parle aussi, t'inquiètes pas, chacun sa part.. C'est pour ça que ça va bien quand on baise.. Parce que c'est du psychodrame aussi, mais.. constructif, si je puis dire.. N'oublie pas ça, Frédérique, dans ta formidable analyse. Quand on baise, ça va bien.. C'est dans l'expression orale que ça merdouille.. C'est dans ton rapport aux mots qu'il y a un problème et quand je dis homo, je me comprends.. Aux mots, homo.. Avec un H grec..
Je n'aurais jamais dû lui raconter Lola. Il ne faut jamais raconter les filles aux mecs, elle me l'avait pourtant bien dit.
- Voilà, ça c'est les filles ! Elles s'emmerdent et elles cherchent des problèmes là où il n'y en a pas.. Pourquoi ? Parce qu'elles pensent qu'on ne peut les aimer que si elles ont des problèmes.. Que si elles vont mal.. Qu'on a simplement envie de les consoler, les protéger et tout le bordel.. Et pourquoi ? Parce que papa-maman ne les aimaient pas assez, et qu'elles étaient obligées de faire semblant d'avoir la grippe pour qu'ils viennent les border dans le lit !.. On dit toujours que tout est de la faute de papa-maman, mais en plus c'est vrai ! Mais Frédérique, ton papa, il t'aime.. Mais il n'ose pas te le dire.. Parce qu'un homme ça ne pleure pas, faut que ça soit un dur.. T'as pas compris ça ? Ta maman en revanche, elle t'aime pas, ça c'est vrai ! Mais les mamans elles n'aiment jamais leurs filles ça c'est pour tout le monde pareil, alors.. Papa-maman ! J'aurais dû y penser plus tôt.. Papa-maman ! Un vieux classique.. Et ça me tombe dessus, à moi qui ne fais que de la peinture abstraite.
A la table d'à-côté, il y a un mec et deux filles qui se marrent. Ils entendent tout. J'ai définitivement honte. Jean-Christophe parle de plus en plus fort. Il raconte n'importe quoi pour la galerie.
- Tout s'explique ! Tout s'explique ! Mais ma pauvre fille, moi je m'en fous de te consoler, de te cajoler, de te border dans ton lit.. Moi, je veux te sauter ! C'est tout ! Te sauter avec un grand S ! T'as compris, ça ? Et je veux que tu me fasses des pipes.. Et puis qu'on remette ça.. La vie, quoi ! Le reste du temps, on fait nos petites affaires, on gagne notre petite vie, on suit nos petites études.. C'est ça l'amour ! C'est pas discuter sur des machins choses et pourquoi on va mal.. L'amour, le bonheur, le plaisir.. Tous ces trucs-là ça marche ensemble, mais ça t'as pas compris.. Hein ? Non, mais je vais aller les voir tes parents moi, je vais leur dire ce que j'en pense de leur éducation ! C'est du gâchis. Un amour comme le nôtre ! Je suis sérieux, Frédérique.. Je fais des effets de manche parce que j'aime bien, mais je suis sérieux..
Il s'arrête de parler et reste soudain les yeux noyés dans le vague, l'air grave. J'ai envie de m'enfuir en courant, mais le garçon arrive avec les Casa. Les trois de la table à côté en recommandent trois autres, comme au spectacle. Jean-Christophe ne relève toujours pas la tête. Je mets de l'eau dans mon verre, je bois une gorgée, et je l'entends dire :
- C'est chiant hein, le bonheur ? Cette perspective te fout vraiment.. un malaise certain.. Hein ? Être heureux .. Beurk ! C'est dégoûtant, hein ? T'aimes pas ça, hein ?
Je manque de m'étouffer en buvant. Dans le mille ! Tu es vraiment un pervers polymorphe, un sadique-anal, une ordure. L'envie de chialer démarre au quart de tour.
- Hein Frédérique ? Le bonheur.. T'as pas une envie de dégueuler, là, quand je prononce ce mot ?
- Va te faire foutre !
- Ah ! Proposition intéressante, je vais l'étudier..
Il met de l'eau dans son Casa et allume une cigarette. Ca m'énerve. Il a décidé de jouer le type détendu qui a décidé de profiter de son apéro et maintenant il a vraiment l'air détendu. Je le hais. Peut-être qu'il est fait pour le bonheur et pas moi. Peut-être que c'est seulement ça, le fossé qui nous sépare. Il a peut-être raison d'être dingue, c'est peut-être ça la solution pour être heureux.
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