Bienvenue au club, Jonathan Coe.26 septembre 06 @ 21:37
Les longs silences n'étaient pas rares. C'était une famille où on n'avait jamais appris à se parler. Tous indéchiffrables, aux autres et à eux-mêmes : tous sauf Lois, bien sûr. Elle avait des désirs simples, déterminés, et c'est bien ça qui a fini par la perdre. En tout cas, c'est comme ça que je vois les choses.
Je ne crois pas qu'elle aspirait à beaucoup plus, à cet âge-là. Juste à un peu de complicité, et à entendre des voix humaines de temps en temps. Née dans une telle famille, elle mourait d'envie de parler de tout et de rien : mais elle n'était pas de ceux qui s'oublient dans les fous rires d'un tourbillon d'amis. Elle savait ce qu'elle cherchait, j'en suis sûre, elle le savait, même à seize ans, elle savait. Et elle savait où chercher. [...] "Tu es une fille, tu veux voir le monde ? Ecris-moi."
Mais oui, maintenant qu'elle y pensait, elle voulait voir le monde. La vérité s'était imposée peu à peu, nourrie des documentaires de Noël et des suppléments couleurs du Sunday Times : tout un univers s'étendait au-delà des frontières de Longbridge, au-delà du terminus du 62, au-delà de Birmingham, au-delà même de l'Angleterre. Et cet univers, elle voulait le découvrir, le partager avec quelqu'un. Elle voulait que quelqu'un lui tienne la main tandis que la lune se lèverait sur le Taj Mahal. Elle voulait qu'on l'embrasse, tendrement mais longuement, avec pour toile de fond la splendeur des Rocheuses canadiennes. Elle voulait gravir le mont Ayers au soleil levant. Elle voulait qu'on la demande en mariage tandis que le couchant draperait de son voile rougeoyant les minarets rose sable de l'Alhambra.
[...]
Eh oui, moi aussi je suis surprise qu'il vienne me voir, même si ça n'est que pour un week-end prolongé. C'est sûrement à force de le tanner depuis deux ans, à coups d'invitations répétées et incessantes. Et maintenant que le grand jour approche, je m'aperçois que ça me rend terriblement nerveuse. Imagine : Benjamin ? Pendant deux jours et demi ? De quoi on va bien pouvoir parler ? De quoi on pourrait bien parler avec Benjamin pendant deux heures et demie, ou même deux minutes et demie ? Est-ce que je suis de taille à supporter tout un week-end ses longs silences mystérieux, ces siècles passées à regarder par la fenêtre d'un air désespéré pendant qu'il se creuse la cervelle pour trouver le mot juste en réponse à la question que tu viens de lui poser, qui est généralement du genre : "Tu veux une tasse de thé ?"
[...]
Et Cicely avait cru tout cela, je comprends à présent pourquoi parfois elle irritait Doug, elle est son antipode, naïve, crédule d'une certaine manière, mais c'est ce que j'aime en elle, elle a gardé la faculté d'être émerveillée par le monde, et Doug a perdu cette faculté, à supposer même qu'il l'ait eue un jour, alors que, mettons, je pense faire écouter à Cicely un morceau de musique (pas de mon cru, non je ne crois pas que je pourrais le refaire, pas avant quelques temps), et elle est systématiquement émue, bouleversée, et puis avide de tout savoir sur l'auteur, avide de choses que moi seul je peux lui apprendre, ce qui est flatteur pour moi j'imagine, je ne prétends nullement que ça n'ait pas joué un rôle dans mon attirance pour elle, mais c'est un exemple, maintenant que j'y pense, de sa naïveté, mais est-ce vraiment le terme, Doug dirait ignorance, mais il négligerait alors sa qualité intrinsèque, cette innocence, cet émerveillement qui fait écarquiller les yeux, peu importe, l'exemple qui me vient c'est quand je suis allée la voir à New York et que je lui ai demandé un jour si Carter avait encore le vent en poupe chez les Américains, et elle n'a pas saisi, elle ne voyait pas du tout de qui je parlais, elle vivait dans ce pays depuis quatre mois et elle ne connaissait pas le nom du président, ou du moins elle le savait, elle en avait entendu parler, mais il avait glissé sur elle, elle n'aurait jamais pensé que ce Carter dont les gens parlaient était le président, et elle ignorait aussi que James Callaghan était le Premier ministre britannique, mais qu'est-ce que ça change, je vous le demande, qu'est-ce que ça change vraiment si on ne sait pas ce qui se passe dans le monde où on vit, quelle différence, on ne peut rien y faire de toute manière, rien de ce que fait Cicely ou de ce que moi je fais ou même de ce que Doug fait ne peut changer la face du monde
[...]
Moi je me dis que c'est ça, rien ne change, rien n'a changé, et je vais vous dire ce qui n'a pas non plus changé, il est toujours amoureux d'elle, oui, Steve est toujours amoureux de Cicely, je l'ai vu cet après-midi à Handsworth Park, c'était évident, évident pour moi en tout cas, même si je n'en ai rien dit à Cicely et qu'il est bien possible qu'elle n'ait rien remarqué, souvent elle ne remarque pas ces choses-là, non qu'elle s'attende forcément à ce que les gens s'éprennent d'elle, simplement elle mène sans cesse sa vie à ce degré-là, ses amitiés sont toujours vécues dans une intimité qu'elle trouve naturellement, à la différence de la plupart des gens, alors elle ne se rend pas compte qu'elle leur donne ce sentiment d'une relation privilégiée, c'était pareil pour Helen en Amérique, Helen l'adorait visiblement, n'avait jamais rencontré quelqu'un comme elle, son père jouait aux côtés de la mère de Cicely alors tout naturellement elles se retrouvaient très souvent ensemble, et comme ça me fascinait quand j'étais là-bas en janvier, de passer du temps avec elles [...] c'était une soirée étonnante, et un endroit étonnant, plein de vieux acteurs, comme cet homme, j'aurais juré que c'était Vincent Price, assis au comptoir, seule, toute la soirée, et même lui la moitié du temps ne pouvait détacher ses yeux de Cicely, elle attire les gens à elle, d'une certaine manière, engage toujours des conversations avec des inconnus, et j'étais fasciné, oui, fasciné ce soir-là de voir l'amitié qui unissait Cicely et Helen, Helen originaire de la côte Ouest, et donc si différente des New-Yorkais, c'est ce qu'on m'a dit, je ne sais pas grand-chose de l'Amérique mais apparemment il y a un gouffre entre la côte Est et la côte Ouest, et Cicely et Helen se connaissaient déjà depuis deux ou trois mois, et en y pensant, Cicely a passé plus de temps avec Helen qu'avec moi, ce qui expliquerait leur intimité, l'existence d'un langage secret dont je me sentais exclu, de blagues secrètes, d'expressions secrètes, et il ne s'agissait pas seulement de langage, il y avait des regards secrets et des sourires secrets, et je ne dis pas que c'était la même chose entre Cicely et Steve ce jour-là à Handsworth Park, je veux dire, qu'est-ce que je veux dire au juste, plutôt que j'étais jaloux, les deux fois, j'avais l'impression qu'on m'empêchait de l'avoir tout entière, pour moi, je n'aimais pas la partager avec quelqu'un d'autre, alors même que je savais qu'il ne s'agissait que d'amitié et rien d'autre, que je savais que j'étais trop gourmand de la vouloir pour moi seul, elle est unique, précieuse, tout le monde devrait pouvoir passer un peu de temps avec elle
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Ben Harper - Touch from your lust.19 septembre 06 @ 18:44
I need to sleep but I'm too tired
I need to come down but I'm too wired
When the sun comes up, I miss the moon
'Cause I know tomorrow is gonna come too soon
Is gonna come too soon
She only wants to be wanted
But time crumbles blue roses to dust
Now I long to feel the touch from your lust
Scars on your back tell where you've been
But I'll roll like the ocean if you'll blow like the wind
Sweet Texas angel what have your blue eyes seen ?
I'll be your country gentleman
If you will be my Manson-Dixon Queen
Queen
She only wants to be wanted
Time crumbles blue roses to dust
Now I long to feel the touch from your lust
So much sweeter than all the rest
You're what lies between pain and death
Sinners and saints call you by name
If you're gonna take the praise
You're gonna have to learn to take the blame
She only wants to be wanted
But time crumbles blue roses to dust
Now I long to feel the touch from your
She only wants to be wanted
Time crumbles blue roses to dust
Now I long to feel the touch from your lust
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Les Versets Sataniques, Salman Rushdie.19 septembre 06 @ 17:54
"Tu veux savoir le plus beau ?" Au bout de cent un jours, Gibreel offrit à Chamcha d'autres confidences. "Tu veux savoir pourquoi je suis ici ?" et il lui dit quand même : "A cause d'une femme. Oui m'sieur. Pour le putain d'amour de ma putain de vie. Avec qui j'ai passé en tout trois virgule cinq jours. C'est pas la preuve que je suis vraiment fêlé ? CQFD, Chamcha mon vieux pote."
Et : "Comment t'expliquer ? Trois jours et demi, combien de temps faut-il pour reconnaître la meilleure chose qui me soit arrivée, la chose la plus profonde, la chose-qui-doit-être ? Je te jure : quand je l'ai embrassée, il y avait des putains d'étincelles, crois-le ou pas, elle a dit que c'était l'électricité statique de la moquette mais j'avais déjà embrassé une nana dans une chambre d'hôtel et pourtant c'était une première, la seule et unique fois que cela se passait. Putain de décharges électriques, vieux, j'ai dû sauter en arrière sous la douleur."
Il manquait de mots pour la décrire, sa femme en glace de montagne, pour décrire ce moment où sa vie avait éclaté en morceaux à ses pieds et où cette femme était devenue sa raison d'être. "Tu ne peux pas te rendre compte, renonça-t-il à expliquer. Tu n'as peut-être jamais rencontré une personne pour qui tu traverserais le monde, pour qui tu quitterais tout, tu t'en irais et tu prendrais l'avion. Elle a escaladé l'Everest, vieux. Huit mille huit cent quarante huit mètres. Droit au sommet. Je peux au moins prendre l'avion pour une femme comme ça !"
Plus Gibreel Farishta essayait d'expliquer son obsession de la grimpeuse de montagne Alleluia Cone, plus Saladin essayait de retrouver le souvenir de Pamela, mais elle ne revenait pas. Au début il reçut la visite de Zeeny, son ombre, et ensuite il n'y eut plus personne du tout. La passion de Gibreel commença à rendre Chamcha fou de rage et de frustration, mais Farishta ne s'en apercevait pas, il lui donnait des claques dans le dos, courage, Chamcha, ça ne va plus tarder.
[...]
Une jeune femme était assise sur la pelouse, tendant la paume de sa main gauche. De la main droite, elle prenait les papillons qui se posaient dessus et se les mettait dans la bouche. Lentement, méthodiquement, elle mangeait les ailes consentantes pour son petit déjeuner.
Les très nombreuses couleurs, qui avaient quitté les ailes des papillons agonisants, tachaient fortement ses lèvres, ses joues, son menton.
Quand Mirza Saeed Akhtar vit la jeune fille déguster son petit déjeuner diaphana sur la pelouse, il sentit monter en lui un désir si puissant qu'il en eut aussitôt honte. "C'est impossible, se reprocha-t-il, je ne suis pas un animal, quand même." La jeune femme portait un sari jaune safran enroulé sur son corps nu, à la façon des femmes pauvres de la région, et quand elle se penchait vers les papillons son sari, s'entrebâillant, découvrait ses seins nus au regard du zamindar cloué sur place. Mirza Saeed tendit les mains pour attraper la rampe du balcon, et l'oeil de la jeune fille dut saisir le léger mouvement de son kurta blanc, car elle leva rapidement la tête et le regarda en face.
Et elle ne baissa pas immédiatement les yeux. Elle ne se redressa pas non plus pour s'enfuir, comme il s'y était à moitié attendu.
Ce qu'elle fit : elle attendit quelques secondes, comme pour voir s'il avait l'intention de parler. Quand elle comprit qu'il ne dirait rien, elle reprit simplement son étrange repas sans quitter son visage des yeux. Le plus étrange, c'était que les papillons semblaient descendre vers elle comme pris dans un conduit rempli d'air qui allait en s'éclaircissant, ils allaient volontairement vers ses paumes ouvertes et leur propre mort. Elle les tenait par l'extrêmité des ailes, rejetait la tête en arrière et les faisait entrer dans sa bouche avec la pointe de sa langue étroite. A un moment elle garda la bouche ouverte, les lèvres noires écartées d'un air de défi, et Mirza Saeed trembla en voyant le papillon voleter dans la sombre caverne de sa mort, sans tenter de s'échapper. Quand elle fut satisfaite qu'il ait vu cela, elle rapprocha les lèvres et se mit à mâcher.
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Kaiser Chief - Everyday I love you less and less.19 septembre 06 @ 16:33
Everyday I love you less and less
It's clear to see that you've become obsessed
I've got to get this message to the press
That everyday I love you less and less
And everyday I love you less and less
I've got to get this feeling off my chest
The Doctor says all I need's pills and rest
Since everyday I love you less and less
Unless, unless
I know, I feel it in my bones
I'm sick, I'm tired of staying in control
Oh yes, I feel a rat upon a wheel
I've got to know what's not and what's real
Oh yes I'm stressed, I'm sorry I digressed
Impressed you're dressed to SOS
Oh and my parents love me
Oh, and my girlfriend loves me
Everyday I love you less and less
I can't believe once you and me did sex
It makes me sick to think of you undressed
Since everyday I love you less and less
And everyday I love you less and less
You're turning into something I detest
And everybody says that you're a mess
Since everyday I love you less and less
Unless, unless
I know, I feel in it my bones
I'm sick, I'm tired of staying in control
Oh yes, I feel a rat upon a wheel
I've got to know what's not and what is real
Oh yes I'm stressed, I'm sorry I digressed
Impressed, you're dressed to SOS
Oh, and my parents love me
Oh, and my girlfriend loves me
Oh, they keep photos of me
Oh, that's enough love for me
Oh, and my parents love me
Oh, and my girlfriend loves me
Oh, they keep photos of me
Oh, that's enough love for me
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Billie Holiday - The End of a Love Affair.17 septembre 06 @ 00:24
So I walk a little too fast, and I drive a little too fast
And I'm reckless it's true, but what else can you do
At the end of a love affair ?
So I talk a little too much, and I laugh a little too much
And my voice is too loud, when I'm out in a crowd
So that people are apt to stare
Do they know, do they care, that it's only that I'm lonely ?
As low as can be ?
And the smile on my face isn't really a smile at all
So I smoke a little too much, and I joke a little too much
And the tunes I request are not always the best
But the ones where the trumpets blare
So I go at a maddening pace, and I pretend that it's taking
His place
But what else can you do, at the end of a love affair ?
[...]
@
Adam Green - We're not supposed to be lovers.16 septembre 06 @ 23:53
Picture a place that's far from danger
A nicer place to cash your chips
I'm not the one holding you hostage
Squeezed in between my lips
We're not supposed to be lovers
Or friends, like they'd have us believe
We're not supposed to know each other
Accept my apology
I was a babe stuck in a tree branch
Banging on my rusty cradle bars
Until I stole your middle finger
Now who's the one in charge ?
We're not supposed to be lovers
Or friends, like they'd have us believe
We're not supposed to know each other
Accept my apology
Vein underground, fist, face down
Ooze as they heal my pain
Food on the flight
Breakfast bite
Drop from the orange juice crane
Picture a person you've forgotten
Kissing your brother or your friend
Picture a wounded entertainer
Cutting his hair again
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La petite Chartreuse, Pierre Péju.16 septembre 06 @ 23:38
- Ces villages.. On finit par se demander s'ils ne sont pas un décor construit pour les passagers.. Mon métier ? Il m'oblige à partir tôt le matin, à changer de ville. C'est une chance, n'est-ce pas ?
- Vous trouvez ? Moi, je dois laisser ma femme, mes enfants. Tous ces kilomètres entre eux et moi. Mais on n'a pas le choix..
- C'est ce que je dis, une chance...
- Vous n'avez sûrement pas d'enfants. Vous ne pouvez pas comprendre. Vous vivez seule ?
Thérèse esquive la question.
- Regardez, ces vaches, dans ces prés, regardez-les, le jour se lève, on les sent chaudes dans cette humidité. On voit de la vapeur devant leurs naseaux. Elles ont quelque chose d'enviable.. Mais quoi ? C'est difficile à dire : leur lenteur ? leur masse ? leur rumination dérisoire ? toute cette viande à travers laquelle l'herbe devient du lait...
L'homme semble étonné, décontenancé. Thérèse se reprend.
- Vous disiez ? Seule, moi ? Non... j'aimerais tant parvenir à la solitude de n'importe laquelle de ces vaches, mais ça...
Thérèse parle volontiers aux hommes qui l'abordent. Aimable.
Indifférente. Hors d'atteinte. Elle leur parle sans leur répondre
exactement. Ils croient converser avec elle, mais bien vite, elle
leur paraît désespérement inaccessible, et surtout déconcertante.
Les mots de Thérèse ne font que croiser silencieusement les
questions des hommes. Ils filent sur une autre ligne. Dans une autre
direction. Et les hommes sont déroutés. Leur sourire de meneur de
jeu s'efface doucement. Ils ne comprennent plus. Pour eux, cette
rencontre au bar, s'ouvre sur une inquiétude à laquelle ils ne sont
pas préparés. Ils abandonnent.
Brutalement, Thérèse veut écrire dans son cahier une phrase, oui,
une phrase au moins sur les vaches, ou plutôt sur ce seul boeuf
splendide et opulent qu'elle vient d'apercevoir quelques secondes :
"Ô bête si belle, si puissamment présente, je vois approcher tous
ces dégoûtants repas qui t'éparpilleront en steacks, en côtes, en
rôtis, toutes ces mastications et digestions répugnantes qui
t'anéantissent déjà sans même que tu t'en doutes, ô bête mangée
d'avance, bête déjà partagée, dépecée, découpée, cuite, cuisinée,
alors qu'elle broute encore, et qu'elle rêve et rumine dans la
grasse innocence de l'herbe."
Thérèse écrit des phrases étranges, trop longues, un peu pompeuses,
et ça lui donne une très légère envie de pleurer et de vomir.
Parfois elle n'écrit qu'un seul mot, en appuyant si fort avec son
stylo à bille qu'elle troue la page. Puis elle enfouit à nouveau le
cahier dans son sac.
[...]
Thérèse tire de son porte-monnaie quelques pièces qu'elle donne à un
homme déjà âge qui mendie, assis au milieu d'une accumulation de
sacs débordants de choses abîmées. Il a tendu une main enflée,
violette. Alors, elle s'assoit près de lui, comme si elle
s'installait à son tour au bord des flots rapides de la foule.
- Vous n'êtes donc pas là pour prendre le train, ma petite dame
?
- Bien sûr que si : je dois partir. Je suis en avance, c'est
tout.
- Vous n'avez pas l'air d'y tenir tant que ça...
- Mais si, je le prendrai, vous savez. Je ne veux pas le manquer.
J'espère qu'il n'y aura pas de retard. Je dois retrouver ma fille,
elle n'a que dix ans..
- Moi aussi j'ai une fille, dit l'homme. Bien plus âgée que la
vôtre. Sûrement une vieille maintenant. Si je savais ce qu'elle a pu
devenir et où je peux la rejoindre, je ne ferais pas la tête que
vous faites !
- Quelle tête ?
- On dirait que vous flottez, que vous habitez un peu cette gare, comme moi. Tous ces courants d'air... Oui, c'est un drôle d'air que vous avez. Moi, il y a longtemps que je me regarde plus dans les glaces, mais, sauf votre respect, ma petite dame, et la crasse en moins, et ces saloperies de boutons et de croûtes que j'ai sur la peau, je trouve que vous me ressemblez un peu.
Thérèse se sauve.
Parenthèse des gares. Parenthèse des routes. Ce soir-là Thérèse est prisonnière du monstrueux embouteillage, à l'entrée de la ville. Prisonnière de sa voiture. Loin de la transparence. Loin de la légéreté. Jour après jour, l'impression de partir coule sur elle comme l'eau de douches successives et bienfaisantes. Comme du sang aussi, parfois. Comme du sang, c'est-à-dire en pure perte.
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Volo - Elisa.13 septembre 06 @ 19:33
C'est juste un petit boulot
Pour un p'tit peu de pognon
Sortir la tête de l'eau
Sans se manger de camion
Ca roule vite sur le trottoir
Et même en contre-sens
Ca bosse le samedi soir
Pendant que certains dansent
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
C'est derrière le comptoir
Qu'elle prépare les pizzas
Le con qui sert à boire
C'est le chef d'Elisa
S'il est très vénère
C'est qu'il se l'est mangé
Son gros râteau, sa mère
En voulant l'embrasser
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
C'est tout le magasin
Qui est amoureux d'elle
Ses amis, ses voisins
Ce sont tous brûlé les ailes
En ce qui me concerne
J'ai toujours rien tenté
Pour l'instant je discerne
Rêve et réalité
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
Quand parfois on se touche
Les mains, pour un crayon
Pour écarter une mouche
On se dit pardon
C'est souvent qu'elle se marre
C'est souvent que je rougis
Mais à chaque fois que je repars
Je l'imagine qui me suit
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
Je suis
Livreur de pizzas
Et c'est pas par envie
Mais, les yeux d'Elisa
Ce sera pour toute ma vie
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Dusty Springfield - Son of a Preacher Man.13 septembre 06 @ 19:06
Billy-Ray was a preacher's son
And when his daddy would visit he'd come along
When they gathered round and started talking
That's when Billy would take me walking
Through the back yard we'd go walking
Then he'd look into my eyes
Lord knows to my surprise :
The only one who could ever reach me
Was the son of a preacher man
The only boy who could ever teach me
Was the son of a preacher man
Yes he was, he was, oh yes he was
Being good isn't always easy
No matter how hard I tried
When he started sweet talking to me
He'd come and tell me everything is alright
He'd kiss and tell me everything is alright
Can I get away again tonight ?
The only one who could ever reach me
Was the son of a preacher man
The only boy who could ever teach me
Was the son of a preacher man
Yes he was, he was, oh yes he was
How well I remember
The look that was in his eyes
Stealing kisses from me on the sly
Taking time to make time
Telling me that he's all mine
Learning from each others knowing
Lookin' to see how much we've grown and
The only one who could ever reach me
Was the son of a preacher man
The only boy who could ever teach me
Was the son of a preacher man
Yes he was, he was, oh yes he was
@
Bob Dylan - Don't Think Twice, It's All Right.10 septembre 06 @ 15:08
It ain't no use to sit and wonder why, babe
If you don't know by now
It ain't no use to sit and wonder why, babe
It'll never do somehow
When your rooster crows at the break of dawn
Look out your window and I'll be gone
You're the reason I'm trav'lin' on
Don't think twice, it's all right
It ain't no use in turnin' on your light, babe
That light I never knowed
And it ain't no use in turnin' on your light, babe
I'm on the dark side of the road
But I wish there was somethin' you would do or say
To try and make me change my mind and stay
We never did too much talkin' anyway
So don't think twice, it's all right
There ain't no use in callin' out my name, gal
Like you never done before
And there ain't no use in callin' out my name, gal
I can't hear you anymore
I'm a-thinkin' and a-wond'rin' all the way down the road
I once loved a woman, a child I'm told
I gave her my heart but she wanted my soul
Don't think twice, it's all right
I'm walkin' down that long, lonesome road, babe
When I'm bound, I can't tell
But goodbye's too good a word, babe
So I'll just say fare thee well
I ain't sayin' you treated me unkind
You could have done better, but I don't mind
You just kinda wasted my precious time
But don't think twice, it's all right
@
Lush - Untogether.10 septembre 06 @ 14:00
It's not easy
But try to picture this : do
You remember
That we were once together ?
Isn't it strange ?
Isn't it ?
I'm sorry it's come to this but
Why are we here
Bothering ?
What was it we talked about ? So
Just remind me
Of why I'm wasting so much
Time, pretending
That there is something more than
Only this
Only
This pointless accusation
Tell me again
Why are we here ?
I'm not offended by the
Things that you say
'Cause it's such a predictable
Way to behave
Talk and insult me 'til you're
Blue in the face
You were right, I was wrong, now does
That make you happy ?
I'm quite aware of all the
Bad things I did
You don't have to remind me of
Why you dislike me
There's no solution to the
Mess that we're in
It's so sad and so boring
I wish you'd just leave me alone
But I understand the games you play
I'm ashamed of all the things I did to you
@
L'Etoile des amants, Philippe Sollers.08 septembre 06 @ 21:58
Maud pense qu'on vit un roman que j'invente, elle me suit, elle me croit. Tout a commencé par son obstination et sa gentillesse. Au début, méfiance, qu'est-ce qu'elle veut celle-là, l'étudiante, bon, oui, d'accord, jeune, brune, jolie, ronde, gracieuse, danseuse, regard noir amusé profond, mélodie, harmonie, la raison même. Les cinglées, merci, j'en ai eu ma claque. En insistant un peu, on finit d'ailleurs par s'apercevoir qu'elles le sont toutes. Ca peut mettre longtemps à se dévoiler, mais ça vient. Les visages se creusent ou s'affaissent, les masques tombent, la grimace d'argent apparaît, les sourires à reproduction s'enfoncent, les yeux égarés virent au fixe. Les types, nounours plus ou moins pervers, igorent que la grande folie passe à ce moment-là sur eux, la vrai, celle de toujours, grottes, cryptes, couvents, maternités, crèches, écoles, liftings, cliniques, hôpitaux, bureaux, banques. Ils deviennent débiles ou se taisent. La folie, elle, parle à ciel ouvert, et personne ne semble s'en rendre compte. Ils sombrent, elles se décomposent, le spectacle continue, salut.
En réalité, elles sont là pour ça : les user, les conduire du berceau au gâtisme. Folie et gâtisme, c'est le programme depuis le début. Tout le reste est comédie transitoire, bavardage technique, dénégations en tout genre. Eh, ho, c'est vous qui êtes désespéré, déprimé, non ? Mais pas du tout, au contraire.
- Qu'est-ce qu'on fait ? dit Maud.
- Rien. On attend.
[...]
Pourquoi elle ? Simplement la fraîcheur, la grâce. Pas l'innocence, non, ne rêvons pas, mais quelque chose de plus rare, de plus excitant. Comment l'appeler ? Pureté ? Haussements d'épaules, rires et huées dans la salle. Gardons pourtant le mot, on verra plus tard. Rien d'idéalisant, d'ignorant, de refoulant : une substance qui vient de plus loin que le sac physique. Rien de sportif, de sentimental : une densité de métal. La poche de venin, la vésicule vaginale biliaire, doit bien se trouver quelque part, mais pour l'instant elle est loin, cancer pas encore palpable. Elle n'est pas malade, voilà. Malade, c'est-à-dire se demandant pourquoi, à quoi bon, dans quel but, avec quelle garantie sociale. Les muscles jouent pour eux-mêmes, les jambes et les bras se parlent, pas d'embarras d'habits, de produits, de graisse, de ventre, de crèmes, de grossesses voulues ou rêvées, pas encore, pas encore. Pas de prise d'argent, de soucis, de jalousie, d'envie, de mort couvée remontante, pas encore, pas encore. Elle est dans la musique de la vie, dans sa gratuité heureuse. Pourquoi elle m'aime bien ? Parce que je confirme sans rien dire ce moment de son existence. Les corps humains ont besoin de ça, d'un silence approbateur et distant sur leurs os, leurs cellules, leurs tendons, leurs phalanges. On va dans le sens de leur sommeil réussi : ils le sentent, ils vous remercient.
[...]
- Tu me racontes ta vie ?
- Laquelle ?
Sous-entendu : les femmes, mais là, silence. Parlons plutôt du roman qu'elle veut écrire, du temps, des nouvelles, des publicités grotesques, des plans télé attrapés en vitesse (les meilleurs, les plus comiques étant sur Arabsat, vers 333 et plus), des journaux de plus en plus ennuyeux, de la mauvaise littérature générale, du cinéma qui ne vaut pas mieux, des éternels problèmes entre hommes, femmes, gays, pas gays, jeunes, vieux, riches, pauvres, noirs, blancs, jaunes, juifs, palestiniens, américains, sous-américains, mondialisés, sous-mondialisés. Et puis la sexualité, et encore la sexualité, et toujours la sexualité, et encore une fois cette immense affaire que semble être la sexualité. Allons dîner quand même, là, pas loin, près de l'eau tranquille. Raconte, toi. Ta mère, ton père, ta demi-soeur, ton enfance à Saint-Jean-de-Luz (oui, je connais), tes études, tes voyages un peu partout sur la planète, ton roman familial minimum, merci, pas besoin de divan. La différence d'âge entre nous ? Mais très bien, justement, on est dans l'intervalle, le coude, le détroit possible. Gratuits (huées dans la salle). Tu as bougé, lu, réfléchi, baisé un peu, beaucoup, pas vraiment, pas lucidement, pas du tout. Tu t'es surtout ennuyée, tu es restée réfractaire (c'est le mot que tu viens d'employer).
[...]
Comment atteindre la négation de la négation, l'affirmation même ? Ca les préoccupe très tôt, les réfractaires. On croit les élever, les éduquer, les terroriser, les domestiquer, on obtient avec eux des résultats minimaux, ils apprennent anormalement vite à lire et à écrire, mais c'est comme si ce don particulier ne les menait à rien, ils le gardent pour eux, on ne comprend pas ce qu'ils projettent d'en faire. Ils ne partagent pas volontiers, ne semblent pas attirés par les sacrifices et les mortifications, l'ascèse ou la discipline. Le garçon sera un salarié bidon, un déserteur un simulateur, incapable de la moindre carrière. La fille ne sera ni actrice, ni mannequin, ni professeur, ni docteur, ni publicitaire, ni bonne mère, et encore moins hystérique mystique ou anorexique. Que leur reste-t-il ? L'art ? Mais comme, là encore, le caractère réfractaire persistera dans cette dérivation, il y a fort à parier qu'il s'agira d'un art non conforme à ce que les contemporains considèrent comme tel. Un art de vivre, alors ? Ce n'est pas impossible, c'es même ce qui fait peur. Que voulez-vous, ce sont des irresponsables. On dirait qu'ils se moquent de leur réputation. Ils s'habillent n'importe comment (mais aussi, parfois, avec une élégance inexplicable), dépensent tout leur argent, interrompent leurs relations d'un moment à l'autre, se lèvent et partent sans s'excuser dans des dîners, oublient leurs amis, leurs femmes, leurs maris, leurs amants, leurs maîtresses, ne font pas de cadeaux, ne donnent aucune indication sur leurs maladies ou leurs états d'âme. Ce sont des asociaux, même pas conservateurs, incontrôlables, irrécupérables. Mal vus à droite, mal vus à gauche, vomis par le centre, étrangers aux marges, où voulez-vous les mettre ? Dans l'au-delà ? Même pas.
[...]
Pour l'instant on fait coïncider les sensations, elles peuvent atteindre une fois sur dix la cible. Il faut bien se dire des mots directs et doux, et puis rire, sinon l'abcès grossit, la psychomanie s'obstine. Le bonjour-bonsoir prostitutionnel est mille fois plus honnête que les sous-conversations aigres des partenaires qui se sont manqués. Le seul ennui, avec le placebo sexuel, c'est que la faim recommence alors qu'il faut se dégager et passer. Mais on peut aussi ne rien faire. Et c'est gagné si on trouve ça de part et d'autre, pareil :
- Tu te sens seule ?
- Divinement. Et toi ?
- Divinement.
Là, sans blague, on pourrait mourir. Mais ce n'est pas le moment.
[...]
Les hommes aussi, bien entendu, sont à mourir d'ennui pour le femmes. Peut-on mourir d'ennui ? Oui, c'est démontré sur des rats en laboratoire. Enfin, il y a des exceptions, disons plutôt des miracles. Tu en es un, bonjour, ne bouge plus.
Ennui, du latin inodiare, avoir en haine. Le sens est resté très fort jusqu'au XVIIème siècle, après quoi il s'est dilué et est devenu courant comme la haine elle-même. Tu ennuieras ton prochain comme toi-même. Tu tenteras d'empoisonner tout paradis pour le transformer en ennui. On peut d'ailleurs se contenter de définir l'amour comme une interruption de l'ennui. C'est son test. Exemple : on ne s'ennuie pas une minute.
Comme ils sont drôles à voir, ces couples déjà vieux qui baignent dans leur détestation réciproque et n'ont rien à se dire, n'arrêtent pas de se crier silencieusement des reproches, font un bruit d'enfer avec leurs yeux perdus dans le vague et leurs moues. Les filles, ensemble, discutant avec animation, les garçons, de leur côté, ricanements en groupe. Deux ou trois flirts semblent en bonne voie, mais sentent déjà le calcul dans l'abandon, la réticence dans la simulation de l'extase. "Tu veux m'avaler", pense le type. "Pour ton bien et celui de nos enfants", pense la fille. Le scénario est écrit, la caméra est en place, les jeux de rôles sont prévus, émotions, effusions, doutes, déceptions, désillusions, répulsions. Aménagements, déménagements, notaires, avocats : toute la sauce sociale. Le poison était là dès le début ? Sans doute. Il est insoluble ? Il paraît. Et pourtant le grand silence partagé existe, celui d'une musique qui n'a pas besoin d'être jouée ou chantée, le golfe heureux du silence interrompu ou non, de temps en temps, par le murmure excité des obscénités conscientes. Du blanc, du noir, toutes les couleurs autour. Au centre, le rouge. Et puis le bleu, à perte de vue.
[...]
On ne sait rien des mots secrets échangés, des lettres détruites, des téléphonages clandestins, des surnoms, des injures, des infamies domestiques, des râles de plaisir, des vraies larmes, des petits noms balbutiés, des millions de trous creusés ainsi dans le mur social. Les vrais mémoires ne sont pas écrits. Dieu n'existe pas, heureusement, sinon quel bazar. "Sauvé" ici, signifie simplement : rien. Vous voulez dire qu'il y aurait un bon rien et un mauais rien ? Non : rien. J'aurai le même sort que l'insensé, demande un des personnages du drame, pourquoi donc ai-je été plus sage ? Pour confirmer la chose : rien. Du passant et de la passante, faisons table rase. Foule esclave, debout pour rien. Enorme sphère. Merci d'être là pendant ce temps-là, toi.
@
Jamiroquai - Whatever it is, I just can't stop.06 septembre 06 @ 21:52
If I pick it up, can I put it down ?
Whatever it is, I just can't stop
For only 20 seconds at a time, it's all mine
I got too much pressure
Got me under it's thumb
And it's no fun, you can lose
Now I got a choice, but I can't choose
Insistant as you are, is no guarantee that you'll go far
Rock steady if you can
But I've never been a steady man
People, wanna shoot you down
If you can't swim, then you will drown
In sorrow, I can't get any medical attention 'till tomorrow
Sadlands, are where I live
But that's none of your business
You keep asking, and soon enough
The kid's gonna have to get rough
Maybe I'm a speed king
Push with the foot, and I'm smiling
I can glide on the love inside
And there was you thinking that my hands were tied
All along, I saw you hoping
I would slip, and I'm not joking
The evidence in these events
Is still your lack of common sense
Did you really think that I would sink
Because I like another drink ?
Have to get up, to get down
The remedy is in the sound
Absurdity of your suggestion, leaves me asking just one question :
If you're my friend today
Why do you wanna hear me say
If I pick it up, can I put it down ?
Whatever it is, I just can't stop.
[...]
@
Chéri, Colette.06 septembre 06 @ 15:20
Il tressaillit faiblement, mais non pas comme Edmée l'attendait. Un demi-sourire errant passa sur le beau visage fermé, et la tête inclinée de côté, les yeux attentifs, l'arc délicieux de la bouche détendu, il écouta peut-être l'écho d'un nom.. Toute la jeune force amoureuse et mal disciplinée d'Edmée creva en cris, en larmes, en gestes des mains tordues ou ouvertes pour griffer :
"Va-t'en ! Je te déteste ! Tu ne m'as jamais aimée ! Tu ne te soucies pas plus de moi que si je n'existais pas ! Tu me blesses, tu me méprises, tu es grossier, tu es.. tu es.. Tu ne penses qu'à cette vieille femme ! Tu as des goûts de malade, de dégénéré, de.. de.. Tu ne m'aimes pas ! Pourquoi, je me demande, pourquoi m'as-tu épousée ? Tu es.. Tu es.."
Elle secouait la tête comme une bête prise par le cou, et quand elle renversait la nuque pour aspirer l'air en suffoquant, on voyait luire les laiteuses petites perles égales de son collier. Chéri contemplait avec stupeur les gestes désordonnés de ce cou charmant et onduleux, l'appel des mains nouées l'une à l'autre, et surtout ces larmes, ces larmes.. Il n'avait jamais vu autant de larmes.. Qui donc avait pleuré devant lui, pour lui ? Personne.. Mme Peloux ? "Mais, songea-t-il, les larmes de Mme Peloux, ça ne compte pas.." Léa ? Non. Il consulta, au fond de son souvenir le plus caché, deux yeux d'un bleu sincère, qui n'avaient brillé que de plaisir, de malice et de tendresse un peu moqueuese.. Que de larmes sur cette jeune femme qui se débat devant lui ! Que fait-on pour tant de larmes ? Il ne savait pas.
[...]
Ils ne se délièrent pas, et nulle parole ne troubla le long silence où ils reprenaient vie. Le torse de Chéri avait glissé sur le flanc de Léa, et sa tête pendante reposait, les yeux clos, sur le drap, comme si on l'eût poignardé sur sa maîtresse. Elle, un peu détournée vers l'autre côté, portait presque tout le poids de ce corps qui ne la ménageait pas. Elle haletait tout bas, son bras gauche, écrasé, lui faisait mal, et Chéri sentait s'engourdir sa nuque, mais ils attendaient l'un et l'autre, dans une immobilité respectueuse, que la foudre décroissante du plaisir se fût éloignée d'eux.
@
Cake - Take It All Away.06 septembre 06 @ 00:00
You keep pushing me away
In spite of what you say
I found out yesterday
That I've been wasting all my time
Trying to make you smile
Trying to make this seem worthwhile
You've been pushing me around
In spite of what I do
Trying to make things good for..
You take your economy car and your suitcase
Take your psycho little dogs
Take it all way
You've been racing through my mind
You're picking up in speed
You're driving recklessly
It's like a car crash happening on my street
Broken bodies at my feet
And sirens on the way
They're too late
'Cause nobody's going to save us
We're a rubbernecker's dream
We're burning gasoline
Go take your economy car and your suitcase
Take your psycho little dogs
Take it all away
And go
Go ahead and destroy this
Better come with an army
Are you feeling, feeling okay, baby ?
Na-na-na-na-na
Take your economy car and your suitcase
Take your psycho little dogs
Take it all away
@
Bob Dylan - If You See Her, Say Hello (New York Version).05 septembre 06 @ 21:04
If you see her, say hello, she might be in Tangier
She left here last early spring, is livin' there, I hear
Say for me that I'm all right, though new things come and go
She might think that I've forgotten her, don't tell her it isn't so
We had a falling-out, like lovers often will
And to think of how she left that night, it still brings me a chill
And though our separation, it pierced me to the heart
She still lives inside of me, we've never been apart
If you're making love to her, kiss her for the kid
Who always has respected her for doin' what she did
Oh, I know it had to be that way, it was written in the cards
But the bitter taste still lingers on, it all came down so hard
I see a lot of people as I make the rounds
And I hear her name here and there as I go from town to town
And I've never gotten used to it, I've just learned to turn it off
Either I'm too sensitive or else I'm gettin' soft
Sundown, yellow moon, I replay the past
I know every scene by heart, they all went by so fast
If she's passin' back this way, I'm not that hard to find
Tell her she can look me up if she's got the time
@
Les ombres d'Hannah, Alain Monnier.05 septembre 06 @ 20:47
Si elle capitulait à cet instant, elle subirait tout, sans plus jamais pouvoir mettre d'entrave à son instinct de vie. C'était dans cette seconde ultime qu'elle pouvait en finir, et tremblant je lui accordais au fond de moi, le courage de la dignité. Oui mes amis, mon coeur comme au premier jour, lorsqu'elle marchait avec sa lourde valise à quelques pas de moi, palpitait à tout rompre. Comme je l'aimais et comme je redoutais qu'elle s'enfuie le lendemain, abandonnant à jamais la chambre bleue ! Et qu'aurais-je fait alors ? Oui mes amis, vous qui connaissez mon coeur et ma grande sensibilité, vous qui savez à quel point je déteste la violence et les contraintes, comment vous imaginez-vous que j'aurais pu supporter son absence ? Que serait soudain devenue cette maison austère, et ses meubles raides, sans elle pour la traverser ?
Mais elle continuait à réciter son chapelet de justifications sans se rendre compte que je ne l'écoutais plus. J'écrasais méthodiquement quelques grains de poivre tombés sur la nappe blanche. Ils semblaient rouler sous le fer de ma fourchette, mais à la moindre aspérité du tissu, rêche à force d'être lavé dans l'eau dure, ils étaient réduits en poudre brune.
Dois-je l'avouer ? Plus elle parlait de son départ, plus je me sentais rassuré. Quelqu'un qui va partir, ne le dit pas. Il part et c'est tout. Celui qui parle veut rester. Elle n'était pas aussi digne et aussi noble que je l'avais imaginée. Finalement à l'entendre encore et encore, je la sentais se rapetisser à ma mesure, à ma main, et délicatement je repliai mes doigts, et je savais, ô délicieuse sensation, qu'elle était là au creux de ma paume, vivante et soumise.
@
The Rolling Stones - Miss You.05 septembre 06 @ 20:27
I've been holding out so long
I've been sleeping all alone
Lord, I miss you
I've been hanging on the phone
I've been sleeping all alone
I want to kiss you
Well, I've been haunted in my sleep
You've been starring in my dreams
Lord, I miss you
I've been waiting in the hall
Been waiting on your call
When the phone rings
It's just some friends of mine that say
"Hey, what's the matter man ?
We're gonna come around at twelve
With some Puerto Rican girls that are just dyin' to meet you
We're gonna bring a case of wine
Hey, let's go mess and fool around
You know, like we used to"
Oh everybody waits so long
Oh baby, why you wait so long ?
Won't you come on ! Come on !
I've been walking in Central Park
Singing after dark
People think I'm crazy
I've been stumbling on my feet
Shuffling through the street
Asking people, "What's the matter with you boy ?"
Sometimes, I want to say to myself
Sometimes, I say
I won't miss you child
I guess I'm lying to myself
It's just you and no one else
Lord, I won't miss you child
You've been blotting out my mind
Fooling on my time
No, I won't miss you, baby, yeah
Lord, I miss you child
@
Keren Ann - Jardin d'Hiver.04 septembre 06 @ 01:23
Je voudrais du soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d'hiver
Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle-Angleterre
Je veux changer d'atmosphère
Dans mon jardin d'hiver
Ma robe à fleur, sous la pluie de Novembre
Tes mains qui courent, je n'en peux plus de t'attendre
Les années passent, qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre
Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d'hiver
Je veux déjeuner par terre
Comme au long des golfes clairs
T'embrasser les yeux ouverts
Dans mon jardin d'hiver
Ma robe à fleur, sous la pluie de Novembre
Tes mains qui courent, je n'en peux plus de t'attendre
Les années passent, qu'il est loin l'âge tendre
Nul ne peut nous entendre
@
Belle and Sebastian - Funny Little Frog.03 septembre 06 @ 17:22
Honey loving you is the greatest thing
I get to be myself and I get to sing
I get to play at being irresponsible
I come home late and I love your soul
I never forget you in my prayers
I never have a bad thing to report
You're my picture on the wall
You're my vision in the hall
You're the one I'm talking to
When I get in from my work
You are my girl, and you don't even know it
I am living out the life of a poet
I am the jester in the ancient court
You're the funny little frog in my throat
My eye sight's fading, my hearing's dim
I can't get insured for the state I'm in
I'm a danger to myself, I've been starting fights
At the party, at the club, on a Saturday night
But I don't get disapproving from my girl
She gets all the highlights wrapped in pearls
You're my picture on the wall
You're my vision in the hall
You're the one I'm talking to
When I get in from my work
You are my girl, and you don't even know it
I am living out the life of a poet
I am the jester in the ancient court
You're the funny little frog in my throat
I had a conversation with you at night
It's a little one-sided but that's allright
I tell you in the kitchen about my day
You sit on the bed in the dark changing places
With the ghost that was there before you came
You've come to save my life again
I don't dare to touch your hand
I don't dare to think of you
In a physical way
And I don't know how you smell
You are the cover of my magazine
You're my fashion tip, a living museum
I'd pay to visit you on rainy Sundays
I'll maybe tell you all about it someday
@
Elliott Smith - Oh Well, Okay.03 septembre 06 @ 04:17
Here's the silhouette, the face always turned away
The bleeding color gone to black, dying like a day
Couldn't figure out what made you so unhappy
Shook your head to say no, no, no
And stopped for a spell
And stayed that way
Oh well, okay
I got pictures, I just don't see it anymore
Climbing hour upon hour through a total bore
With the one I keep where it never fades
In the safety of a pitch black mind
An airless cell that blocks the day
Oh well, okay
If you get a feeling next time you see me
Do me a favor and let me know
'Cause it's hard to tell
It's hard to say
Oh well, okay
Oh well, okay
Oh well, okay
@
Mars, Fritz Zorn.03 septembre 06 @ 02:41
Je ne me plaignais jamais non plus. J'allais toujours
"bien". J'allais même si continuellement bien que beaucoup
de gens m'avouaient avec étonnement qu'ils se demandaient
comment je pouvais aller si invariablement bien. Dans
l'ensemble, cela devait sans doute tenir au fait que
j'avais ce qu'on appelle une heureuse nature. Aujourd'hui
je dirais plus que j'avais une nature non pas heureuse mais
sans plainte. Je ne me plaignais jamais, de rien. Ce
n'était que chez moi, où j'étais souvent si bien, qu'encore
et encore cela sortait de moi et disait :
Ai, Deus, se sabe ora meu amigo,
Como eu senheira estou em Vigo ?
Sous la couleur qui me plaisait depuis longtemps infiniment
cela sortait de moi et annonçait la tristesse. Je savais
que j'étais presque anéanti par la solitude et le manque
d'amour, je savais que la frustration et la dépression
remplissaient à tel point ma vie que presque rien d'autre
ne pouvait y trouver place que la torture dépressive
omniprésente ; je le savais, mais je ne le croyais pas ; ou
bien je ne voulais pas le croire (ce qui est peut-être la
même chose). Je ne voulais pas croire que la vie de mon âme
était devenue l'objet d'un effroyable ravage, que j'étais
un homme gravement malade de l'âme, qui n'était presque
plus capable d'aucune émotion humaine normale mais, pris
dans la gangue d'une situation sans issue qui lui était
propre, ne faisait plus que s'écorcher lui-même, je ne
voulais pas croire que je n'avais pas un "petit coup dans
l'aile" comme tout le monde, sans doute, mais un grand :
que dans mon âme j'étais très gravement abîmé et que chaque
nouvelle tentative de me faire croire que tout de même ce
n'était "pas si grave" était un poison pour moi. Peut-être
fallait-il considérer que mon attitude était généralement
humaine dans la mesure où sans doute nul ne peut se
familiariser avec l'idée qu'il est tout au bord de l'abîme.
Personne n'aime à s'entendre dire : la situation est
catastrophique. La maxime selon laquelle seul est en mesure
de croire qu'on puisse survivre au pire celui qui y a
lui-même survécu m'était encore étrangère en ce
temps-là.
Un mot, me semble-t-il, s'applique bien à l'état dans
lequel je me trouvais alors : résignation. Je m'étais déjà
tellement habitué à toujours aller mal et je m'en étais
tellement accommodé que parfois je ne le remarquais plus du
tout. Il faut tout de même admettre qu'un fou ne se rend
même plus compte qu'il est fou. Celui qui croit être Napoléon ne se prend pas pour un fou avec un complexe napoléonien, mais bien pour Napoléon en personne. C'est ainsi que je commençai, moi aussi, à perdre de vue le fait que j'étais triste. Bien sûr, je ne pouvais pas dormir la nuit, je regardais fixement mes tableaux au coucher du soleil en récitant des vers tristes, j'écrivais souvent, pendant des heures, les mots
tristeza ou
soledad en zigzag sur du papier quadrillé si bien que j'en remplissais des feuilles entières, et j'étais toujours vêtu de noir - mais que je fusse triste, je ne l'aurais pas dit. J'étais seul, j'aspirais à la chaleur et à l'amour, je souffrais constamment de complexes d'infériorité sur le plan sexuel, mais du fait que je pouvais être malheureux et désespéré, je n'en aurais jamais parlé. La surface restait toujours aussi calme et impassible mais elle n'en devenait que plus plate et plus vide.
@
10CC - I'm not in love.03 septembre 06 @ 01:21
I'm not in love, so don't forget it
It's just a silly phase I'm going through
And just because I call you up
Don't get me wrong, don't think you've got it made
I'm not in love, no, no
(It's because..)
I like to see you, but then again
That doesn't mean you mean that much to me
So if I call you, don't make a fuss
Don't tell your friends about the two of us
I'm not in love, no, no
(It's because..)
(Be quiet, big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
(Big boys don't cry)
I keep your picture upon the wall
It hides a nasty stain that's lyin' there
So don't you ask me to give it back
I know you know it doesn't mean that much to me
I'm not in love, no, no
(It's because..)
Oh, you'll wait a long time for me
Oh, you'll wait a long time
Oh, you'll wait a long time for me
Oh, you'll wait a long time
I'm not in love, so don't forget it
It's just a silly phase I'm going through
And just because I call you up
Don't get me wrong, don't think you've got it made
I'm not in love, I'm not in love
@
Les Planches Courbes, Yves Bonnefoy.02 septembre 06 @ 03:21
La maison natale.
IX
Et alors un jour vint
Où j'entendis ce vers extraordinaire de Keats
L'évocation de Ruth "when sick from home,
She stood in tears amid the alien corn"
Or, de ces mots je n'avais pas à pénétrer le sens
Car il était en moi depuis l'enfance
Je n'ai eu qu'à le reconnaître et à l'aimer
Quand il est revenu du fond de ma vie
Qu'avais-je eu, en effet, à recueillir
De l'évasive présence maternelle
Sinon le sentiment de l'exil et les larmes
Qui troublaient ce regard cherchant à voir
Dans les choses d'ici le lieu perdu ?
@
Frictions, Philippe Djian.02 septembre 06 @ 03:00
Acculé, j'empoignai la barre de cuivre de notre cuisinière, je baissai la tête en fermant les yeux. Comme si je ne savais pas que nous ne l'avions pas fait depuis un bon moment. Comme si je ne pensais pas à ce tremblement de terre et aux arguments de Sonia qui se défendaient d'une certaine manière. Ne devait-on pas considérer chaque instant de la vie avec une suprême attention, en faire la cigarette du condamné dont on dit tant de bien, dont on dit qu'elle est la reine et que rien ne la surpasse ? Ne devait-on pas s'élever dans le ciel plutôt que de ramper sur nos décombres, ne devait-on pas prendre la mesure de tout ce qui nous entourait ? Je me sentais parcouru de frissons pendant qu'elle caressait doucement mes abdominaux.
"Sonia, écoute..." lui déclarai-je sur un ton d'agonisant - tel un poison, le désir se répandait dans mes veines, pétrifiait les muscles de mes mâchoires, mes jambes devenaient subitement molles.
La dernière fois que nous avions baisé ensemble, elle avait passé le restant de la nuit à m'expliquer que nous allions forcément surmonter cette épreuve car mon corps lui avait parlé, mon corps lui avait dit des choses et l'avait convaincue que nous allions nous remettre sur les rails et oublier toute cette pénible histoire. Dans ces conditions, je préférais que nous ne baisions plus. Que mon corps n'aille pas lui raconter n'importe quoi alors que je voyais l'avenir sous un jour sombre.
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Miossec - Madame.1er septembre 06 @ 06:33
Elle était de ces femmes qu'on embrasse sur les yeux
Dont on tombe sous le charme comme on tombe sous le feu
Elle était de ces femmes qui ne laissent pas les hommes silencieux
Dont on tombe sous la mitraille rien qu'en croisant ses yeux
Elle était de ces femmes qui ne semblent pas craindre le feu
Ni le bûcher, ni les flammes, tout en elle vous rendait heureux
Elle était de ces femmes qu'on prie pour qu'elle vous remarque un peu
On plongerait dans ses flammes pour seulement effleurer ses yeux
Elle était de ces femmes dont un sourire vous rend heureux
Pour elle j'aurais maudit mon âme, pour elle j'aurais maudit le bon Dieu
Elle était de ces femmes dont on aimerait laver les cheveux
Dont on aimerait embrasser l'âme, c'est le plus grand de mes voeux
J'ai rien dit devant cette femme, même pas "au fait est-ce qu'il pleut ?"
Et l'enfant que vous êtes encore, Madame, me met les larmes aux yeux
Elle était de ces femmes qui n'ont pas le regard bleu
Dont les yeux ont versé trop de larmes pour croire encore aux cieux
J'ai rien dit devant cette femme, même pas "au fait est-ce qu'il pleut ?"
Et l'enfant que vous êtes encore, Madame, me met les larmes aux yeux
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Morrissey - Let me kiss you.1er septembre 06 @ 06:13
There's a place in the sun
For anyone who has the will to chase one
And I think I've found mine
Yes, I do believe I've found mine, so
Close your eyes
And think of someone
You physically admire
And let me kiss you
Let me kiss you
I've zig-zagged all over America
And I cannot find a safety haven
Say, would you let me cry
On your shoulder ?
I've heard that you'll try anything twice
Close your eyes
And think of someone
You physically admire
And let me kiss you
Let me kiss you
But then open your eyes
And you see someone
That you physically despise
But my heart is open
My heart is open to you
@